Alexandre Bompard, un « bébé Sarko » vite monté en graine
Ce serait donc lui qui, in fine, succéderait à Patrick de Carolis au terme de son mandat en août, ou à la fin du bras de fer que ce dernier vient d'engager avec Nicolas Sarkozy. Alexandre Joubert-Bompard, dit Bompard tout court, atteindrait la présidence de France Televisions à l'âge canonique de 37 ans, deux ans après avoir pris celle d'Europe 1
C'est un fait rarissime dans l'histoire politico-économique française: le conseil d'administration d'un groupe public, en l'occurrence celui de France Télévisions, a pris mardi 13 avril une délibération en opposition complète avec les consignes de l'Etat. Par un vote de 10 voix contre 5, le projet de privatisation de la régie publicitaire de France Télévisions au profit de deux proches de Nicolas Sarkozy, Stéphane Courbit et Alain Minc, alliés à Publicis, a en effet été suspendu.
"Tout le monde salue le travail du président de France Télé »
« Il ne peut pas y avoir de nomination hâtive, puisque le terme du mandat de M. de Carolis intervient en juin. Je lis la presse et j'entends les rumeurs, mais jusqu'à preuve du contraire Patrick de Carolis n'a pas démissionné et son mandat n'a pas été renié. »
Exacerbée par la question de la suppression totale de la publicité et la fin de mandat du président Patrick de Carolis, la tension s'est accrue d'un cran ce mardi à France Télévisions : les cinq représentants de l'Etat ont été mis en minorité au conseil d'administration par les dix autres administrateurs, dont le sénateur UMP Michel Thiollière, qui s'est confié à Rue89.
Mais rien n'y a fait, le conseil d'administration a suivi la position du président de France Télévisions, par dix voix (un sénateur donc, un député également UMP, cinq personnalités qualifiées et deux représentants du personnel) contre cinq, relate LePoint.fr.
« Au nom de quoi il faudrait changer tous les matins ? »
Alors que Sarkozy cherche par ailleurs à pousser le plus vite possible l'un de ses proches, Alexandre Bompard, actuel patron d'Europe1 et ami d'Alain Minc et de Stéphane Courbit, à la présidence de France Télévisions, il apporte ainsi la preuve, pour la première fois publiquement, qu'il soutient le projet de privatisation de France Télévisions Publicité (FTP) au profit des mêmes Stéphane Courbit et Alain Minc, malgré les conflits d'intérêts et les problèmes déontologiques soulevés par l'opération.
En parlementaire qu'il est, Michel Thiollière préfère s'en remettre à la loi adoptée début 2009, instaurant un bilan d'étape en vue de la suppression totale de la publicité prévue avant la fin 2011. Un bilan d'étape qui devrait déjà être avancé. La loi prévoyait le mois de mai 2011, mais députés et sénateurs sont récemment tombés d'accord pour le réaliser avant la fin de cette année, après la remise d'un rapport le 30 septembre par le gouvernement sur les conséquences de la suppression de la publicité après 20 heures :
« On peut toujours modifier les choses, mais il ne faut pas se précipiter et il faut peut-être commencer par avoir un bilan d'étape. (…) D'ici là, le gouvernement va travailler et puis après le 30 septembre nous travaillerons pour voir s'il y a lieu de faire évoluer les choses ou pas. »
Cette « précipitation » du gouvernement s'expliquent surtout par les négociations exclusives pour la vente de la régie pub de France Télévisions Mais Michel Thiollière revendique « l'indépendance du Sénat » :
« Je ne pense pas que l'on puisse aujourd'hui dire qu'entre le 30 septembre et le 30 octobre, on aura raisonnablement le temps de voir ce qu'il y a lieu éventuellement de modifier ou de changer. (…) Je ne vois pas au nom de quoi il faudrait changer tous les matins. » (Ecouter le son)
Michel Thiollière préfère souligner que « tout le monde salue le travail du président de France Télévisions ». Manière aussi de souligner qu'il a encore la légitimité pour peser.
mardi 13 avril 2010
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