mercredi 12 mai 2010

L'auteur de la dernière bulle (1), qui avait anticipé dès septembre 2008 la spéculation sur les dettes publiques, analyse le plan adopté par l'Union européenne.



© Photo : Govin Sorel
J.M. Quatrepoint

Quelle est la principale nouveauté du plan arrêté par l’Union européenne et le FMI ?
Jean-Michel Quatrepoint : L’Europe a enfin désigné ce qu’on appelle le payeur en dernier ressort, l’institution qui garantit la solvabilité des prêteurs. Aux Etats-Unis, c’est l’Etat et la Banque fédérale. En Europe, ça n’existait pas pour la zone euro. Il n' y avait pas d'État derrière l'euro et la BCE n'avait pas le droit d'acheter directement de la dette des Etats. Avec ce plan, les États de la zone euro agissent comme un bloc et surtout  la BCE va désormais  souscrire directement des emprunts d'État, comme la Fed. Il s'agit d'officialiser ce qu'elle avait commencé à faire  sur le marché secondaire : les banques apportaient des créances de dettes grecques à la BCE qui les garantissait sans en avoir formellement le droit.
Tout est bien qui finit bien donc ?

JMQ : Mais non, bien entendu. L’Union européenne a acheté du temps, du répit. Les opérateurs de marché attendront quelques semaines voire quelques mois pour relancer des attaques contre l’euro. Le système financier se nourrit d’une succession de bulles. Il a longtemps gagné avec les subprimes. Depuis le 6 mars 2009, point le plus bas de la crise, les actions avaient regagné en 9 mois  70%. Or, ce sont les grandes banques, les hedge funds qui ont organisé la hausse en achetant au plus bas. Puis, beaucoup d’argent a été gagné sur la faiblesse du dollar : on emprunte du dollar à la Fed à un taux d’intérêt de 1% et on le reprête en dollars australiens ou en real (la monnaie brésilienne) des monnaies fortes qui bénéficient d’un taux à 4 ou 5%. Ensuite il y a eu la spéculation sur les matières premières.

En toute logique, compte tenu de la dette et du déficit commercial américains, c’est le dollar qui aurait dû être attaqué. Mais les traders se sont orientés contre l’euro. Pourquoi ? Pour ma part, je fais l’hypothèse d’un nouveau deal entre la Chine et les Etats-Unis au début de cette année : les Américains continuent de laisser leur marché intérieur ouvert aux produits chinois et en échange les Chinois continuent d’acheter des bons du trésor américains.
   L’attaque contre le dollar étant exclu, l’euro était le maillon faible, et la Grèce le maillon faible du maillon faible. Aujourd’hui, les attaques ont cessé. Mais elles peuvent très bien recommencer dès que l’on réalisera que la Grèce ou l’Espagne ne parviennent pas à redresser leurs comptes à cause de la récession induite par les plans d’austérité.

Comment profiter du répit laissé par les marchés financiers 
JMQ : Trois choses à mon sens :
1) Il faut taxer les surprofits des banques. C’est la deuxième fois, avec la crise grecque, que les états les sauvent. Les Etats Unis sont en train de le comprendre : Obama sait qu’il ne pourra être réélu que contre Wall Street, et Goldman Sachs risque d’en faire les frais. 

2) Il conviendrait aussi de nationaliser progressivement la dette des états européens. Aujourd'hui, on propose à un épargnant français ( Livret A et autres PEL, codevi ) des taux ridicules : pourquoi ne pas lui proposer des OAT (Obligations assimilables du Trésor) à 3,5% ? Ce serait une façon de mettre les dettes d'état progressivement hors de portée des marchés financiers.

3) Enfin, il faudrait aborder les problèmes de compétitivité : la France, l'Italie, l'Espagne et le Portugal sont affaiblis sur un plan industriel.Les déficits publics se nourrissent aussi des déficits commerciaux . L'économiste Joseph Stiglitz évoque l'hypothèse d'un euro à deux vitesses permettant d'aider les pays européens les moins compétitifs à exporter grâce à un euro plus faible. C'est une piste intéressante, même si elle ne résoudra pas l'atonie industrielle de l'Espagne et du Portugal, qui ont tout misé sur l'immobilier.

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