samedi 8 mai 2010

Budget : Sarko est le toutou de Merkel, mais il le cache bien


Pour ne pas donner l'impression d'être le toutou de Merkel à la veille du Sommet de l'Union européenne, Nicolas Sarkozy fait précipiter le plan de rigueur du gouvernement. Décryptage. 
Budget : Sarko est le toutou de Merkel, mais il le cache bien
Sale métier que celui de porte parole par ces temps d'austérité. 

Confronté à la pugnacité d'un journaliste qui a fait du déficit public une obsession quasi-pathologique, Jean-Michel Aphatie sur RTL, Luc Chatel était confronté ce matin à ce que les psychiatres de Paolo Alto et d'ailleurs le«  double bind », l'injonction paradoxale. Le gouvernement a adopté un plan de rigueur d'environ 100 milliards d'euros avec pour objectif de ramener de 8 à 3% le déficit public de l'état d'ici à 2013. Ce plan comprend trois axes principaux :

- le gel des dépenses publiques pour trois ans avec une baisse des crédits de fonctionnement de l'état de 10% ;- un réexamen de toutes les dépenses d'intervention : aides sociales, aides économiques, aides à l'emploi;
- une augmentation des recettes par la réduction des niches fiscales; un débat agite d'ailleurs les inspecteurs de finances de Bercy pour choisir entre une réduction uniforme ou concentrée sur les plus riches du rabot des niches fiscales

D'un côté donc, le gouvernement doit annoncer « aux marchés », comme on dit à la télévision, que la France va cette fois-ci entrer pour de bon dans une cure d'austérité pour revenir à l'équilibre des comptes publics.

D'un autre côté, il faut dire aux Français qu'il n'est pas question d'austérité, que les mesures prises ne sont que des « ajustements » pris dans une politique de retour aux grands équilibres engagée depuis trois ans, et qu'il ne faut donc pas crier avant d'avoir mal. Jean-Michel Aphatie a vite saisi la faille. Tel un Rodweiler radiophonique, il a posé la question pas moins de quatre fois à Luc Chatel : les salaires des fonctionnaires seront gelés trois ans, ou bien le plan n'est pas cohérent.



1) Il confirme que la politique française se fait à la corbeille. L'annonce de François Fillon vise à enrayer toute menace sur le taux d'intérêt de la dette française et à ramener le calme à la Bourse de Paris qui vient d'encaisser trois jours de baisse consécutive, soit une chute de près de 7% depuis le 1° mai.

2) Il annonce que la politique économique française se décide aussi à Francfort, dans le bureau d'Angela Merkel.

Pourquoi ce plan est-il annoncé aujourd'hui, dans la précipitation ? 
Parce que les gouvernements européens se réunissent aujourd'hui et que Nicolas Sarkozy veut masquer sa décision de se conformer aux desiderata de l'Allemagne.
Le plan français annonce sans doute une formidable erreur de l'Union européenne (UE), sur laquelle il faudra revenir : en faisant basculer les pays dans l'austérité, l'UE risque de tomber exactement dans le piège dénoncé par plusieurs économistes et par Dominique Strauss-Kahn : adopter une politique de rigueur alors que la reprise est loin d'être là, et risquer de faire replonger toute l'Europe dans la récession.

Pourquoi ni le Japon, ni les Etats-Unis (ni la Chine bien sûr) n'adoptent de semblables mesures alors que leurs comptes sont encore plus dégradés que ceux de l'UE ?
Parce que leurs dirigeants savent bien qu'il ne peut y avoir de redressement rapide des comptes publics qu'en période de croissance forte et que c'est celle-ci qu'il convient de retrouver au plus vite. Quitte à déplaire aux marchés financiers. 
Philippe Cohen -

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