C'est la photo qui tue.
Sans doute ce « moment décisif » cher à Henri Cartier-Bresson était-il trop tentant pour symboliser la nouvelle puissance chinoise et la contrition de Nicolas Sarkozy qui cherchait à se réconcilier avec LA nouvelle superpuissance.Il n'empêche, cette photo de l'agence Reuters est violente car elle illustre à merveille les nouveaux rapports de force mondiaux tels que cherchent à les signifier les dirigeants chinois, d'abord à leur peuple, et au reste du monde.
Nicolas Sarkozy aurait pu s'éviter cette scène s'il s'était référé à l'histoire ancienne.
Le « kow tow » devant l'empereur
Lorsque l'émissaire de la Couronne britannique, Lord MacCartney, est arrivé à Pékin en 1793, il lui a été signifié que pour être reçu par le tout puissant Empereur Qianlong il fallait faire le « kow tow », c'est-à-dire trois courbettes.
Estimant qu'il s'agissait d'un signe d'allégeance qu'un représentant du roi d'Angleterre ne pouvait accepter, MacCartney avait quitté Pékin sans avoir vu l'empereur.
Un deuxième émissaire britannique, vingt ans plus tard, William Pitt Amherst, se retrouvait dans la même situation, et repartait bredouille sans avoir accepté l'infamant « kow tow ». Cette incapacité à communiquer entraîna par la suite les « guerres de l'opium », et une confrontation entre la Chine et l'Europe qui laissa bien des traces douloureuses.
Alors, la courbette devant Hu Jintao s'apparente-t-elle au « kow tow » d'antan ? Ce serait malhonnête et polémique de l'affirmer, d'autant que la pratique de la courbette ne figure plus au protocole chinois. Même si la raideur du président chinois face à la malléabilité de ses interlocuteurs occidentaux, même s'il était la puissance invitante, ne peut manquer de susciter des commentaires amusés, et parfois inquiétants, sur le monde qui s'annonce.
On ne sait si la délégation française a répété la scène de la rencontre avec le président chinois, si les conseillers en communication et en « image » de l'Elysée ont fait des recommandations en ce sens.
Mais il en est un qui a cru bon de s'abaisser très très bas, c'est Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Ecologie, que l'on voit ici en pleine action.
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