Le coup de sang de Serge Raffy
Du pinard dans les manif !
Si vous m’aviez dit qu’un jour je défendrais les CRS, je vous aurais ri au nez. Je vous aurais traité de prophète de malheur, de lepéniste mal dégrossi. Et j’aurais eu tort, car ce jour est arrivé. Un vrai tournant, que dis-je, un basculement.
Amis, CRS, j’ai décidé de prendre la plume et de vous soutenir dans le combat légitime que vous menez pour conserver ce droit inaliénable de picoler entre deux charges héroïques contre les autonomes ou contre ces bons vieux anars qui vous cherchent des noises dans les manif. Comment tenir le coup sans cette petite dose de gros rouge qui tache ? Comment assumer la mission impossible de défendre l’ordre sarkozyste qui consiste justement à créer le désordre, à hystériser les rapports sociaux, avec comme stratégie funeste la propagation de la peur chez le petit commerçant de Guéret.
Sans cette levée de coude avant la levée de la matraque, tu es saisi d’un doute colossal. Tu te mets à gamberger. Rien de métaphysique, non. Juste cette question qui te taraude, ami CRS : quelle est mon identité, qui suis-je et dans quel Etat j’erre ? Un Etat encore un peu républicain ? Cette angoisse te surprend à chaque virée en banlieue quand tu vas au petit matin faire le pied de grue devant les cités HLM pour lutter contre les mafias de la drogue. Tu es le seul à savoir que tu n’as rien à faire là, que tout ça, c’est de l’esbroufe. Tu es là pour la photo et pour les caméras télé. Ce sentiment d’être inutile te paralyse. Alors, à la cantine ou dans les cars grillagés, tu craques. Le syndrome du pantin te tétanise.
Comment résister à une canette de bière ou à un verre de pinard ? Ce moment fort de ton existence, cette soupape de…sécurité, si je puis dire, on voudrait te l’enlever ? Savent-il, tous ces petits hommes gris des ministères, que le rosé de Provence a évité des dizaines de suicides ? Que les appellations AOC sont un peu tes antidépresseurs ? Et même qu’en rigolant, pendant un « caillassage » par des lascars du 92, vous avez proposé que les boutanches soient remboursées par la Sécurité… Sociale. Sécurité… ce mot, tu ne peux plus le voir en peinture. Il faut pourtant que tu brises l’omerta. Tu n’as plus à avoir peur. Tu dois crier au monde que sans alcool pendant les repas tu ne pourras plus supporter cette mascarade. Tu n’es plus le CRS-SS, mais le CRS trop stress.
Dans ta caserne, tu as vu tes collègues plonger dans une profonde neurasthénie quand cette mesure idiote a été annoncée. Vous vous êtes réunis, un peu comme dans les réunions des Alcooliques Associés. Certains ont pleuré, submergés par un désespoir que tu n’aurais pas imaginé. Ils ont hurlé contre ce Sarko, qui ne boit pas une goutte d’alcool, et pourtant qui a l’air si stressé. Vous avez alerté les syndicats. Vos femmes. Vos chefs. Oui, vous allez entrer en dissidence, boire en cachette, comme à l’époque de la prohibition. Les pandores dans la clandestinité de la bibine. Et comme toujours dans ces moments de grande répression contre les petits plaisirs de l’existence, les prix vont monter. Vous vous mettrez à boire de la mauvaise qualité, des vins coupés, à l’origine douteuse, même venus de l’étranger. Et vous allez devenir très agressifs et très méchants.
Oui bien organiser des apéros géants dans les caves de banlieue ? C’est cela qu’ils veulent, en haut lieu ? Que vous deveniez des gros rouges... ou des p'tits blancs ?
Serge Raffy
Si vous m’aviez dit qu’un jour je défendrais les CRS, je vous aurais ri au nez. Je vous aurais traité de prophète de malheur, de lepéniste mal dégrossi. Et j’aurais eu tort, car ce jour est arrivé. Un vrai tournant, que dis-je, un basculement.
Amis, CRS, j’ai décidé de prendre la plume et de vous soutenir dans le combat légitime que vous menez pour conserver ce droit inaliénable de picoler entre deux charges héroïques contre les autonomes ou contre ces bons vieux anars qui vous cherchent des noises dans les manif. Comment tenir le coup sans cette petite dose de gros rouge qui tache ? Comment assumer la mission impossible de défendre l’ordre sarkozyste qui consiste justement à créer le désordre, à hystériser les rapports sociaux, avec comme stratégie funeste la propagation de la peur chez le petit commerçant de Guéret.
Sans cette levée de coude avant la levée de la matraque, tu es saisi d’un doute colossal. Tu te mets à gamberger. Rien de métaphysique, non. Juste cette question qui te taraude, ami CRS : quelle est mon identité, qui suis-je et dans quel Etat j’erre ? Un Etat encore un peu républicain ? Cette angoisse te surprend à chaque virée en banlieue quand tu vas au petit matin faire le pied de grue devant les cités HLM pour lutter contre les mafias de la drogue. Tu es le seul à savoir que tu n’as rien à faire là, que tout ça, c’est de l’esbroufe. Tu es là pour la photo et pour les caméras télé. Ce sentiment d’être inutile te paralyse. Alors, à la cantine ou dans les cars grillagés, tu craques. Le syndrome du pantin te tétanise.
Comment résister à une canette de bière ou à un verre de pinard ? Ce moment fort de ton existence, cette soupape de…sécurité, si je puis dire, on voudrait te l’enlever ? Savent-il, tous ces petits hommes gris des ministères, que le rosé de Provence a évité des dizaines de suicides ? Que les appellations AOC sont un peu tes antidépresseurs ? Et même qu’en rigolant, pendant un « caillassage » par des lascars du 92, vous avez proposé que les boutanches soient remboursées par la Sécurité… Sociale. Sécurité… ce mot, tu ne peux plus le voir en peinture. Il faut pourtant que tu brises l’omerta. Tu n’as plus à avoir peur. Tu dois crier au monde que sans alcool pendant les repas tu ne pourras plus supporter cette mascarade. Tu n’es plus le CRS-SS, mais le CRS trop stress.
Dans ta caserne, tu as vu tes collègues plonger dans une profonde neurasthénie quand cette mesure idiote a été annoncée. Vous vous êtes réunis, un peu comme dans les réunions des Alcooliques Associés. Certains ont pleuré, submergés par un désespoir que tu n’aurais pas imaginé. Ils ont hurlé contre ce Sarko, qui ne boit pas une goutte d’alcool, et pourtant qui a l’air si stressé. Vous avez alerté les syndicats. Vos femmes. Vos chefs. Oui, vous allez entrer en dissidence, boire en cachette, comme à l’époque de la prohibition. Les pandores dans la clandestinité de la bibine. Et comme toujours dans ces moments de grande répression contre les petits plaisirs de l’existence, les prix vont monter. Vous vous mettrez à boire de la mauvaise qualité, des vins coupés, à l’origine douteuse, même venus de l’étranger. Et vous allez devenir très agressifs et très méchants.
Oui bien organiser des apéros géants dans les caves de banlieue ? C’est cela qu’ils veulent, en haut lieu ? Que vous deveniez des gros rouges... ou des p'tits blancs ?
Serge Raffy

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