Martine Gozlan est notre envoyée spéciale à Tunis. (Marianne )
Elle nous décrit les événements qui se sont dérouléscette nuit et aujourd'hui dans la capitale tunisienne.

Tunis est en sang, méconnaissable, son image fracassée, du centre-ville à la périphérie.
Dans le quartier Lafayette, rue de Lyon, une victime de plus : il y en a déjà eu 66 dans
tout le pays, un bilan atrocement historique pour le pays du jasmin. Un jeune homme
de 23 ans est tombé sous les balles.
Le long de l’avenue Habib Bourguiba, les forces anti-émeutes et des hommes
postés tous les cent mètres.
du passé à tant de Français -rue de Rome, rue du Caire, rue de Marseille -
c’est le masque noir de l’ordre si mal-nommé,
le casque et le bouclier, la police opaque que les Tunisiens distinguent
très clairement de l’armée. Rouler dans la ville, c’est traverser l’irréel.
Rideaux baissés, commerces barricadés, les gens se hâtent et pourtant se parlent.
Agglutinés chez les petits épiciers restés ouverts, puisque toutes les grandes surfaces
ont fermé. A l’Ariana, au Bardo, partout, là où c’est chic comme là où c’est pauvre,
on ne parle que des tués. Étrange mélange d’épouvante et de fièvre.
Ainsi, tout est possible, la mort mais peut-être aussi la vie. Une vie autre,
omme le hurlaient les manifestants qui, ce matin, jeudi 13 janvier, tentaient
e crier leur révolte, en essayant de rallier la place Mohamed Ali,
le siège de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens, l’UGTT :
« Nous mangerons du pain et de l’eau mais nous voulons la dignité et la liberté ! »
Tout le monde sait que, la nuit dernière, la cité Ettadhamen, ce réservoir de misère
s’est embraséet qu’on y a tiré et tué. Mais les jeunes ont aussi défié le couvre-feu
à El Omrane, l’ex-Franceville,à deux pas du superbe quartier du Belvédère,
ses ambassades et ses clubs. C’est qu’à Tunis,l’extrême pauvreté côtoie
l’extrême richesse. Au Kram, le long du chapelet de banlieues chics
qui festonne la côte jusqu’à Carthage, il y aurait eu aussi des coups de feu
dans la cité du 5 décembre,dite aussi « Kram-Ouest ».
Même l’aristocratique beauté de la Marsa, top des plaisirs, se défait,
d’un coup, quand on croise les forces spéciales. On entendait, cet après-midi,
des coups de feuà Boussalsa, un pan de misère collé au luxe de la Marsa.
La nuit tombe, le couvre-feu s’abat. Demain, grève générale.
Tunis. 20 heures 30. Le coup de théâtre
C’est à un incroyable retournement qu’on a assisté jeudi soir, dès 20 heures 30, après le
troisième discours du président Ben Ali aux Tunisiens depuis la crise.
Un discours d’ouverture spectaculaire, cette fois, prononcé sur un ton bouleversé :
« J’ai été trompé » ; « il n’y aura plus de tirs à balles réelles » ;
« je promets la liberté totale de l’information, de l’internet, de la presse » .
Autres engagements formels : la « baisse du prix du pain » ,l’assurance qu’il
« n’y aura pas de présidence à vie »
et qu’il ne « briguera pas un nouveau mandat en 2014 ».
Ben Ali semble donc avoir pris conscience, après le bain de sang, la révolte populaire
et les pillages à Hammamet quelques heures auparavant, que la Tunisie risquait de
basculer dans le chaos. Dans la capitale, avenue Habib Bourguiba, on a vu immédiatement
des milliers de personnes descendre dans la rue en brandissant des drapeaux tunisiens.
Klaxons, hurlements de joie, tout semble avoir basculé en une heure. Pourtant,
dans la foule,certains Tunisiens, sceptiques, évoquaient une « mise en scène ».
Le grand test sera la grève générale et la manifestation qui doit se dérouler
ce vendredi à Tunis.
Mais aussi les réactions dans les faubourgs déshérités de la capitale
et les villes de l’intérieur,là où tout a commencé.
C’est à un incroyable retournement qu’on a assisté jeudi soir, dès 20 heures 30, après le
troisième discours du président Ben Ali aux Tunisiens depuis la crise.
Un discours d’ouverture spectaculaire, cette fois, prononcé sur un ton bouleversé :
« J’ai été trompé » ; « il n’y aura plus de tirs à balles réelles » ;
« je promets la liberté totale de l’information, de l’internet, de la presse » .
Autres engagements formels : la « baisse du prix du pain » ,l’assurance qu’il
« n’y aura pas de présidence à vie »
et qu’il ne « briguera pas un nouveau mandat en 2014 ».
Ben Ali semble donc avoir pris conscience, après le bain de sang, la révolte populaire
et les pillages à Hammamet quelques heures auparavant, que la Tunisie risquait de
basculer dans le chaos. Dans la capitale, avenue Habib Bourguiba, on a vu immédiatement
des milliers de personnes descendre dans la rue en brandissant des drapeaux tunisiens.
Klaxons, hurlements de joie, tout semble avoir basculé en une heure. Pourtant,
dans la foule,certains Tunisiens, sceptiques, évoquaient une « mise en scène ».
Le grand test sera la grève générale et la manifestation qui doit se dérouler
ce vendredi à Tunis.
Mais aussi les réactions dans les faubourgs déshérités de la capitale
et les villes de l’intérieur,là où tout a commencé.
Article actualisé à 22h45
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