En rendant un vibrant hommage, lundi soir, à « la qualité professionnelle exceptionnelle » d’Henri Proglio, Nicolas Sarkozy n’a pas lâché le nouveau PDG de l’entreprise publique. Tout au plus a-t-il insisté pour que son double mandat, à EDF et Veolia, ne dure que « quelques mois ». Quant à la querelle sur sa rémunération, il se pourrait que le très malin Proglio perde finalement moins de plumes que prévu. D’abord,
le président de la République a légitimé face à l’opinion sa rémunération de 1,6 millions d’euros (bonus inclus) : 23ème salaire de France, a précisé Nicolas Sarkozy, se gardant de mentionner que celui de son prédécesseur, Pierre Gadonneix (1,09 million d’euros, bonus inclus), pointait en 80ème position.
Surtout, concernant l’objectif qu’il s’était fixé pour sa rémunération, Henri Proglio garde une carte dans sa manche : certes il a abandonné dans la tourmente son indemnité annuelle de 450 000 euros dévolue à sa fonction de président du conseil d’administration de Veolia, à laquelle il tenait temps ; mais il conserve la possibilité de bénéficier de sa retraite chapeau. Car – c’est un point qui est resté dans l’ombre - la situation de Proglio, en tant que salarié de Veolia est la suivante : quelques jours avant d’être nommé à EDF, il a fait valoir ses droits à la retraite. Cela ne posait pas de problèmes, puisque le PDG avait les trimestres nécessaires, travaillant depuis 38 ans dans l’entreprise. Et il était impératif de faire cette démarche tant qu’il était encore à l'effectif, faute de quoi il aurait perdu le bénéfice de sa retraite chapeau qui se monte non à 13 millions d’euros – ce chiffre, c’est la provision faite dans les comptes de Veolia en 2008 – mais à 740 000 euros par an. 740 000 euros qui s’ajoutent donc théoriquement à sa rémunération.
Pourquoi théoriquement ? Parce qu’Henri Proglio laisse planer le doute sur ses intentions. Il peut très bien renoncer momentanément à cette pension ; ou au contraire décider d’en bénéficier, par exemple si son salaire à EDF était finalement bloqué au niveau plancher de 1 million (sans son bonus de 600 000 euros).
Car il ne faut pas oublier que le PDG, dans sa négociation avec l’Etat, s’était donné comme objectif de garder son salaire de Veolia en régime de croisière, soit 2 millions d’euros. Sa retraite pourrait donc faire le complément, mais cette révélation pourrait aussi être très mal vécue par l’opinion.
Bref, le patron d’EDF a bien encore une grenade à dégoupiller, mais en le faisant à mauvais escient, il pourrait aussi risquer de s’autodétruire.
Vincent Beaufils
15:36 Lien permanent | Commentaires (
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