TRIBUNE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Publiée dans la presse quotidienne régionale
datée du 3 juin 2014
REFORMER LES TERRITOIRES POUR REFORMER LA
FRANCE
« Depuis
deux siècles, la République a cherché à concilier l’unité de
l’Etat, avec l’exercice le plus libre possible de la
démocratie locale.
Mais il a fallu
attendre les grandes lois de décentralisation de 1982 sous la
Présidence de François Mitterrand, pour élargir les
responsabilités des communes et des départements, et faire des
régions des collectivités locales à part entière.
Puis sous la
présidence de Jacques Chirac, la République décentralisée a été
consacrée dans la Constitution. C’était aussi une façon de
reconnaître que nos territoires et les élus qui les représentent,
ont incontestablement contribué depuis trente ans à la
modernisation du pays et à l’amélioration de la vie quotidienne
des Français.
Le temps est
venu de donner une forme nouvelle à cette ambition.
Parce que
notre organisation territoriale a vieilli et que les strates se sont
accumulées. Parce que les moyens de communication, les mutations
économiques, les modes de vie ont effacé les limites
administratives. Parce que nous devons répondre aux
inquiétudes des citoyens qui vivent à l’écart des centres les
plus dynamiques et qui redoutent d’être délaissés par l’Etat
en milieu rural comme dans les quartiers populaires.
Le temps est
donc venu de simplifier et clarifier pour que chacun sache qui
décide, qui finance et à partir de quelles ressources. Le temps est
venu d’offrir une meilleure qualité de service et de moins
solliciter le contribuable tout en assurant la solidarité financière
entre collectivités selon leur niveau de richesse.
La réforme
que j’ai demandée au
Premier ministre et au Gouvernement de mettre en œuvre, en y
associant toutes les familles politiques, est
majeure. Il
s’agit de transformer pour plusieurs décennies l’architecture
territoriale de la République.
Au plus près
des habitants, la commune est l’institution à laquelle chaque
Français est le plus attaché. C’est dans ce cadre que se
pratiquent chaque jour la solidarité et la citoyenneté. Elle
doit demeurer « une petite République dans la grande ». La
spécificité de notre pays c’est de compter 36700 communes.
L’ensemble
du territoire national est aujourd’hui couvert par des
intercommunalités. Mais elles sont de taille différente et
avec des moyens trop faibles pour porter des projets.
Ce processus
d’intégration doit se poursuivre et s’amplifier. C’est le sens
de la réforme proposée. Les intercommunalités changeront
d’échelle. Chacune d’entre elles devra regrouper au moins 20
000 habitants à partir du 1er janvier 2017, contre 5000
aujourd’hui. Des adaptations seront prévues pour les zones
de montagne et les territoires faiblement peuplés.
L’intercommunalité
deviendra donc, dans le respect de l’identité communale, la
structure de proximité et d’efficacité de l’action locale.
Il faudra en tenir compte pour lui donner le moment venu toute sa
légitimité démocratique. Comme il en a été décidé pour les 13
métropoles et le Grand Paris qui ont été créés par la loi du 27
janvier 2014.
Les régions,
quant à elles, se sont imposées comme des acteurs majeurs de
l’aménagement du territoire. Mais elles sont à l’étroit
dans des espaces qui sont hérités de découpages administratifs
remontant au milieu des années soixante. Leurs ressources ne
correspondent plus à leurs compétences, qui elles-mêmes ne sont
plus adaptées au développement de l’économie locale.
Pour les
renforcer, je propose donc de ramener leur nombre de 22 à 14. Elles
seront ainsi de taille européenne et capables de bâtir des
stratégies territoriales. Une carte a été définie. Elle prend en
compte les volontés de coopération qui ont été déjà engagées
par les élus, dont je veux saluer le sens de l'intérêt général.
Elle sera soumise au débat parlementaire. Mais il faut aller vite
car il ne nous est pas permis de tergiverser sur un sujet aussi
important pour l’avenir du pays.
Demain, ces
grandes régions auront davantage de responsabilités. Elles
seront la seule collectivité compétente pour soutenir les
entreprises et porter les politiques de formation et d’emploi, pour
intervenir en matière de transports, des trains régionaux aux bus
en passant par les routes, les aéroports et les ports. Elles
géreront les lycées et les collèges. Elles auront en charge
l’aménagement et les grandes infrastructures.
Pour remplir
leur rôle, elles disposeront de moyens financiers propres et
dynamiques. Et elles seront gérées par des assemblées de
taille raisonnable. Ce qui veut dire moins d’élus.
Dans ce
nouveau contexte, le conseil général devra à terme disparaître.
La création de grandes régions, et le renforcement des
intercommunalités absorberont une large part de ses attributions.
Mais cette décision doit être mise en œuvre de façon
progressive car le conseil général joue un rôle essentiel dans
la solidarité de proximité et la gestion des prestations aux
personnes les plus fragiles. Et il ne peut être question de
remettre en cause ces politiques. Pas davantage les personnels
dévoués qui continueront à les mettre en œuvre. Du temps est
nécessaire et de la souplesse est indispensable. Une large
initiative sera laissée aux élus pour assurer cette transition.
Certaines métropoles pourront reprendre les attributions des
conseils généraux et toutes les expérimentations seront
encouragées et facilitées.
L’objectif
doit être une révision constitutionnelle prévoyant la suppression
du conseil général en 2020. Je veux croire qu'une majorité
politique nette se dessinera en faveur de ce projet et que s’y
associeront les élus qui, dans l'opposition aujourd’hui,
souhaitent eux aussi l’aboutissement de cette réforme. D’ici
là, les élections pour le conseil départemental seront fixées le
même jour que celles pour les futures grandes régions à l’automne
2015. Avec le mode de scrutin qui a été voté par la loi du 17
mai 2013.
Le
département en tant que cadre d’action publique restera une
circonscription de référence essentielle pour l'Etat, autour des
préfets et de l’administration déconcentrée avec les
missions qui sont attendues de lui : garantir le respect de la loi et
protéger les citoyens en leur permettant d’avoir accès aux
services publics où qu’ils se trouvent. Mais il devra
renoncer à exercer les compétences reconnues aux collectivités.
Cette grande
réforme s’inscrit dans la volonté de moderniser notre pays et de
le rendre plus fort. Elle est tournée vers les citoyens car il
s’agit de simplifier notre vie publique, de rendre plus efficace
nos collectivités et de limiter le recours à l’impôt. Elle
repose sur les valeurs qui doivent nous rassembler : le souci
constant de la démocratie, de la solidarité et de l’efficacité.
Et c’est pourquoi j’appelle tous les citoyens et, en
particulier, tous les élus locaux qui par leur engagement
quotidien font vivre les institutions de la République, à
s’associer à sa réussite. »

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