249 ème semaine de Sarkofrance :
Sarkozy, ou le Peuple version Fouquet's
Cette semaine, il est devenu l'un des hommes politiques les plus ridicules du moment. Un homme presque incompréhensible. Il ne cessait de se comparer au François Mitterrand de mars 1988. Mais au lieu d'un succédané de la France Unie, nous eûmes droit à une resucée de l'Union rance version Front National. Grosse déception.
En début de semaine, son ministre de l'Intérieur avait donné le « la ». Il devait justifier de propos inutiles et hors sol sur les « civilisations ». La manoeuvre était facile et rabâchée. Le lendemain, son Monarque approuvait ses propos de « bon sens ». Guéant est « l’islamophobe en chef » de Sarkozy, rétorquait le quotidien algérien Liberté. Mardi à l'Assemblée, un député apparenté socialiste l'accusa de suivre une voie dangereuse qui conduisait au nazisme. Tout le gouvernement indigné quitta l'hémicycle. En arrivant à la Réunion en fin de semaine, le ministre ne cherchait plus à se défendre, il plaidait le malentendu.
Lundi, Nicolas Sarkozy s'était montré avec Angela Merkel. Il était curieux, soucieux d'être plus vertueux dans le verbe que sa consoeur allemande. Il monopolisa une quinzaine de minutes, encore, d'un journal télévisé. On a tout oublié. Il était dans le Salon Murat.
Mardi, il s'est affiché père des familles. Il avait déboulé en jet présidentiel dans une crèche dans le Tarn, à Lavaur. Merveilleux ! Il sortit un gros mensonge. Non, il n'avait pas construit 200.000 places de crèches en 5 ans. Il avait simplement augmenté le nombre d'enfants à garder par assistante maternelle. Une véritable arnaque.
Mercredi, Nicolas Sarkozy faisait adopter son programme en conseil des ministres.
Les « mesures fortes » présentées le 29 janvier dernier sur 10 chaînes de télévision n'étaient que des mesurettes, douloureuses ou confuses, mais toutes insuffisantes pour changer grand chose à la situation du pays: les ménages paieront 12 milliards de TVA supplémentaire que l'UMP qualifie toujours de « sociale » dans des réunions politiques. L'UMP prédit que l'inflation restera maîtrisée, mais des économistes l'ont contredit, exemple allemand à l'appui. La fameuse taxe sur les transactions financières, qui « vise à créer une juste participation du secteur financier à l’effort de redressement des finances publiques », est bien modeste (0,1% des transactions sur les actions de sociétés françaises cotées dont la capitalisation excède le 1 milliard d'euros), et sans contrepartie sociale ni de développement. Quelle taxe Tobin !
L'allègement des cotisations patronales familiales réjouira les entreprises, même celles qui ne sont pas exposées à la concurrence internationale. Mais son impact sur la compétitivité est anecdotique. Pourtant, les services de Bercy sont allés jusqu'à prédire la création de 100.000 emplois créés dans les 3 ans... 25 millions de foyers vont payer 12 milliards d'euros de TVA supplémentaires pour 100.000 emplois improbables... La prévision est invérifiable, même dans trois ans.
Mercredi, on s'inquiétait, en Sarkofrance, de deux accélérations judiciaires. Un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly-sur-Seine passait en procès pour une affaire de détournement du 1% logement. Sarkozy fait mine d'ignorer, mais il stresse comme un beau diable. Thierry Gaubert est aussi mis en examen depuis septembre dans le Karachigate. Mercredi, Eroc Woerth était mis en examen pour trafic d'influence passif dans cette affaire qui mobilisa les services secrets français inquiets de l'emballement médiatique. Rappelons que le patron de ces derniers, Bernard Squarcini, avait été inculpé pour espionnage de journalistes dans cette même affaire...
Le soir, les photographes ont immortalisé ce moment, François Hollande est allé serrer la main de Nicolas Sarkozy au dîner du CRIF. Le Monarque le tutoya spontanément. Il était extra-ordinairement chaleureux. Tout en proximité. Le lendemain, il profitait d'une distance retrouvée pour traiter Hollande de couard. La distance donne le courage...
Sarkozy nous a aussi promis un livre "intime". On craint le pire, la confession qui tombe à plat, le surcroît de langue de bois, un nouveau « J'ai compris, je regrette » après le « j'ai changé » de janvier 2007. On imagine que quelques psychologues se régaleront de l'ouvrage.
Jeudi, il était aussi à la centrale de Fessenheim, près de Strasbourg. Il s'y est rendu en avion présidentiel. Cette visite n'avait rien à voir avec son job de président. Il n'y avait aucune urgence qui nécessite le déplacement. Sarkozy n'était là que parce que le candidat Hollande avait promis de fermer l'installation. Donc il voulait s'y montrer, et tacler en public et à distance son principal opposant.
Il voulait fanfaronner devant les employés de la centrale. C'était facile. Comme l'a commenté Corinne Lepage le lendemain, Sarkozy se serait fait applaudir par des ouvriers de l'amiante. La centrale est l'une des plus vieilles de France, moins confinée que les nouveaux modèles, et installée en zone sismique et inondable; Bref, elle a autant de risques d'un accident que Fukushima.
Il a fustigé le manque de courage de François Hollande. C'était facile. Lui-même n'est pas allé à Gandrange expliquer aux ouvriers d'Arcelor-Mittal pourquoi leur usine avait fermé malgré ses promesses. Le Monarque aurait pu se saisir de l'occasion pour s'interroger sur le récent rapport de la Cour des Comptes, du 31 janvier.
Vendredi, on apprenait d'une énième confidence que le Monarque se déclarerait candidat le 16 février. Le journaliste d'iTélé Michael Darmon révélait quelque part vers 18h30 que le Monarque avait choisi « un lieu symbolique pour le peuple français ». Il y aura ensuite une interview télévisée, un déplacement de province (comme chaque semaine) et un meeting (à Marseille, le 19 février). Le même jour, le Monarque recevait des élus locaux pour une « conférence sur les finances locales ». La majorité était à gauche. Le Président était à droite. Mais surtout responsable de 500 milliards d'euros de dette publique supplémentaire en un quinquennat. Le Président du Fouquet's avait pourtant de grandes idées.
Samedi, le Figaro Magazine publiait cette improbable interview. Depuis 3 jours, on en connaissait l'essentiel. Sur le tard, le Monarque découvrait les vertus du référendum ciblé et opportuniste. Il n'en voulait pas sur le nucléaire, mais lui trouvait pourtant une qualité pour « surmonter » les « blocages » de la société française. Il avait choisi deux thèmes de choix: imposer aux chômeurs des formations et des emplois et conditionner le mariage de Français avec des étrangers à des preuves de revenus et d'emploi. Fantastique ! On s'amusa de cette soudaine envie de « démocratie » si bonapartiste. Contre les collectivités locales, il menaçait :« il faudra trouver les moyens pour que les dotations de l'Etat soient modulées en fonction de leur politique de maîtrise des dépenses ».
Depuis des mois, Nicolas Sarkozy construisait son image de Président rassembleur et protecteur à coup d'images d'Epinal. Le succès de la campagne de François Hollande, la résilience de Marine Le Pen, le maintien de Jean-Luc Mélenchon lui ont fait réalisé un peu tard qu'il était en train de passer à côté de la campagne. Cette fois-ci, il choisissait de cliver à droite, voire à l'extrême droite. L'homme se fichait de la cohésion sociale, en ces temps de précarité de masse. Ce samedi, il nous a refait son discours de Grenoble.
Allait-il devoir poser nu pour attirer enfin l'attention sur son triste sort ?
Ami sarkozyste, où es-tu ?
L'hypothèse d'un tremblement de terre est aussi improbable qu'un tsunami à Fuskushima. mais personne n'entendit ce que le Monarque avait à dire. Le candidat Sarkozy faisait un buzz drôlatique. Quelques bons extraits de son entretien, enregistré le weekend d'avant par le Figaro Magazine, faisaient la joie des commentateurs.
Pas de référendum atomique
Jeudi, Nicolas Sarkozy visitait la centrale nucléaire de Fessenheim. Ses deux réacteurs ont 34 ans, et l'installation est sur une zone sismique, sous le niveau du Grand Canal, et en fin de vie, comme l'ont rappelé 6 associations antinucléaires. ces dernières souhaitaient rencontrer le Monarque à cette occasion. Quelque un million de voisins de cette centrale ont réclamé la fermeture de cette doyenne des centrales françaises.
Mais Nicolas Sarkozy ne voulait pas débattre du nucléaire.
Pour ses 30 minutes de discours, on lui avait quand même installé une gigantesque estrade dans la centrale, avec l'habituelle armature métallique, les projecteurs, le fond bleu et le petit pupitre. L'assistance était assise. Le déplacement fut expresse mais il était en terrain conquis.
Chaque jour depuis cette vague de froid polaire, inédite depuis 26 ans, les médias rappellent combien la France électrique bat ses records de consommation. A Fessenheim, Nicolas Sarkozy ne s'interrogea pas sur notre originalité européenne: nous sommes obligés d'importer à nos voisins, y compris allemands. Ces derniers sont pourtant plus régulièrement exposés à ces températures extrêmes que nous. Mais la France n'a jamais fait des économies d'énergie une priorité nationale.
A Fessenheim, le Monarque confirma, sans surprise, qu'il ne souhaitait pas la fermeture de cette centrale, contrairement à François Hollande. Son argument fut caricatural, au milieu de quelques employés de la centrale: « On ne la fermera pas, cette centrale, il n'en est pas question (...) pourquoi est-ce qu'on la fermerait pour des raisons politiques. (...) On a besoin de la centrale pour le chauffage et l'industrie, c'est 70 % de l'électricité nécessaire en Alsace. Où est-ce qu'on irait la chercher ? » Ces propos n'étaient plus ceux d'un Président mais d'un candidat. Car seul un candidat s'inquiète des propositions d'autres candidats. Il n'osait désigner ses adversaires, puisqu'il voulait jouer au Monarque: « Ceux qui veulent fermer Fessenheim, c'est pour une petite combine politicienne. Ils ne sont pas venus le dire ici. Ils ne savent même pas qu'il y a des gens qui travaillent ici ».
« S'il y avait eu le moindre doute sur la sûreté de la centrale, si les autorités indépendantes avaient pointé la moindre faiblesse sur la centrale, je n'aurais pas hésité une seconde à demander à EDF de fermer Fessenheim ». L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a recommandé quelque 10 milliards d'euros de travaux pour l'ensemble du parc nucléaire français. Dans son rapport du 31 janvier dernier, la Cour des Comptes s'inquiétait: « La construction et l'exploitation des premières installations de recherche, de production de matières fissiles, ainsi que des premières centrales n'ont pas été réalisées à une époque où la sûreté nucléaire était le premier souci. »
Mais Sarkozy n'en avait cure: « Vouloir fermer Fessenheim, c'est un scandale, parce que c'est sacrifier l'emploi qui est le vôtre à des arrière-pensées politiciennes. » Fukushima n'est pas passé par lui.
Fin janvier, la Cour des Comptes avait aussi tué l'un des mythes de la filière largement relayé par les nucléocrates du pouvoir en place: le nucléaire français n'est pas bon marché. Il sera hors de prix de le mettre à niveau comme de le démanteler. Un par tout, la balle au centre ? Pas tout à fait, puisque les deux questions centrales - sûreté et économies d'énergie - peuvent enfin être remis au coeur du débat.
Depuis 1970, la filière a coûté 228 milliards d'euros d'investissement public. Et la Cour des Comptes a réévalué à 49,50 euros le prix du Megawatt/heure. Soit un niveau proche de l'éolien si décrié... Pour l'EPR de Flamanville, le tarif est rude, entre 70 et 90 euros.
De tout cela, il n'en était pas question dans le discours du Monarque.
Dans un mois, on célèbrera un triste anniversaire, Fukushima.
Agitations
On nous avait promis une grande idée pour démarrer la campagne en fanfare. Ce fut ce jeudi 9 février, c'était le Sarkorendum, le référendum sauce Sarkozy: un président non-candidat annonce deux référendums d'après scrutin, sur des sujets hors sol. Jugez plutôt.
Jeudi après-midi, les bonnes feuilles et la couverture du Figaro Magazine de samedi 11 février ont fait la joie des commentateurs traditionnels et numériques.
1. La couverture, en premier lieu, semblait une affiche de campagne. Sarkozy souriait, et cachait sa chevalière. La veste trop serrée le boudinait. L'affiche sera allègrement placardée sur des centaines de milliers de kiosques à journaux. Pour ce premier affichage électoral du candidat Sarkozy, c'était donc le Figaro qui régale ! Coïncidence, la Société des Journalistes du Figaro venait d'écrire à son patron pour réclamer davantage de respect de son indépendance. Au final, la dépense sera-t-elle décomptée des frais de campagne ?
2. L'angle d'attaque, ensuite, était attendu. Faute de propositions concrètes sur l'économie, Nicolas Sarkozy cherche à focaliser le débat sur les valeurs, les siennes, qu'il croit solides. Il en a tellement changé depuis 2007! Il fut écolo puis anti-écolo, libéral puis étatiste, etc. De son programme de 2007, il reste si peu. La réalité l'a fracassé. Et sa mandature est parsemée Alors il s'affiche sur les valeurs: travail, responsabilité, autorité. Il refuse aussi l'euthanasie ou le mariage homosexuel avec de grandes formules: «En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu'il faille brouiller l'image de cette institution sociale essentielle qu'est le mariage»..
3. Les annonces, enfin. Sarkozy voulait de « la Rupture dans la Rupture ». La moins attendue fut sa candidature: Sarkozy annonce qu'il annoncera sa candidature plus tard. Quel scoop ! Sa formule fut drôlissime: « Comme pour toutes les décisions importantes, je prends le temps d'une réflexion longue et approfondie ». Ses conseillers auraient réservé le parc Chanot à Marseille pour le 19 février.
Ensuite, deux référendums, car, dixit le candidat, «Je crois que la meilleure façon de surmonter des blocages dans notre société, c'est de s'adresser directement au peuple français». Et il a déjà choisi les sujets: l'indemnisation chômage et le droit des étrangers. Sur le premier, Sarkozy recycle la posture de Laurent Wauquiez contre l'assistanat. Il reprend à son compte des vieilles lunes libérales:
« Je propose de créer un nouveau système dans lequel l'indemnisation ne sera pas une allocation que l'on touche passivement, mais la rémunération que le service public de l'emploi versera à chaque demandeur d'emploi en contrepartie de la formation qu'il devra suivre. Passé un délai de quelques mois, toute personne au chômage sans perspective sérieuse de reprise d'emploi devra choisir une formation qualifiante. A l'issue de cette formation, qui sera obligatoire, le chômeur sera tenu d'accepter la première offre d'emploi correspondant au métier pour lequel il aura été nouvellement formé ».
Et c'était tout.
En fait, Nicolas Sarkozy voulait éviter un référendum sur son bilan.
Il était candidat, nous le savions. Même le Figaro le savait.


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